mercredi 22 février 2006

Les moments du mourir

 Etapes consécutive à l'annonce de la maladie grave
Les étapes psychiques traversées
 
La fin de vie, le processus du mourir, de l’annonce de la maladie grave à l’agonie, est une suite d’étapes, de phases, plus ou moins expérimentées, qui se suivent, se mêlent, se superposent, dans un ordre et une intensité variables. Elles ne sont d'ailleurs pas visibles chez toutes les personnes.
Comme pour le processus du deuil, la lecture de ces phases, de ces moments du mourir, sont des points de repère pour une meilleure compréhension du vécu de la personne en fin de vie, et il est important de se rappeler que chacun va l’expérimenter à sa façon, à son rythme, en fonction de ses tendances, ses croyances et habitudes culturelle,et de l’état émotionnel de l’instant qui vont influencer son avancée dans les étapes du deuil.
Trois grandes phases vont ainsi être rencontrées, le refus de la réalité, la confrontation à la réalité, et l’acceptation de cette réalité.
  • Le choc
Etape consécutive à l'annonce de la maladie grave, elle sidère celui ou celle qui en apprend la nouvelle et le met en état de choc, entraînant une anesthésie émotionnelle.
  • Le déni
C’est un mécanisme de défense dans le refus du diagnostic fatal. La personne nie, mais elle a peur. C’est une période génératrice d’angoisses insupportables. Elle met en place un mécanisme de défense contre l'angoisse, en niant la vérité, une protection inconsciente face à une réalité impossible à intégrer. Cette période, en général, est mieux vécue par l’entourage, car elle empêche le discours sur la mort du proche.
  • Le refus d’acceptation
Le refus d’acceptation du caractère passager des choses et des phénomènes auxquels nous nous attachons avec plus ou moins d’intensité). Cette phase, dont il est nécessaire d’en comprendre le mécanisme, est importante à respecter car cela permet une première intégration intellectuelle.
Après ce premier temps de sidération, certains comportements peuvent être expérimentés. Les comportements obsessionnels se manifestent par une exigence de tous les instants, une critique remettant en question les soins, les traitements. C’est en fait une tentative de contrôle de l’angoisse, qui passe par un contrôle sur les objets extérieurs, et qui donne l’illusion d’un pouvoir sur l’extérieur alors qu’on se sent dépossédé de tout.
On rencontre également des comportements régressifs, perçus comme infantiles, refuge momentané que la personne vit en se laissant prendre en charge, et qui sont en fait la manifestation du refus inconscient de faire face à la mort à venir.
Expression d’une grande souffrance, ces comportements sont souvent difficiles à vivre pour l’entourage, mais autoriser ces passages, en y mettant des limites, permet au malade, petit à petit, d’aller vers une acceptation de la situation. Les proches sont souvent déroutés par ces réactions inhabituelles, et il est important de les accompagner, de leur expliquer ces phases qui ne sont, somme toute, qu’une protection inconsciente pour faire face à une situation douloureuse.
  • La confrontation à la réalité
Parce que les sentiments d’injustice et de frustration sont grands, c’est la colère et la révolte qui peuvent se manifester ensuite. Elles sont en fait la manifestation active de l’angoisse, souvent accompagnée de culpabilité, mais sont également le signe d’un désir de vivre.
La fin de vie est une suite de deuils importants à faire, deuils de sa bonne santé, de son autonomie, de son image corporelle, mais aussi deuils de ses projets, de son statut social, jusqu’au deuil de sa propre vie, et la tristesse, la dépression vont être omniprésents.
Ces moments de colère et de dépression vont se vivre en alternance, on va passer de l’un à l’autre, traversant révolte et tristesse dans un grand désordre émotionnel.
Moments difficiles pour les proches qui expérimentent eux-mêmes ces mêmes émotions, et se sentent impuissants face à de telles souffrances, pourtant il est important de laisser ces sentiments s’exprimer, les laisser se dire et se vivre permet de les dépasser.
  • La colère
Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? La personne refuse la réalité et est souvent agressive vis-à-vis du personnel soignant et de l’entourage. Ces bien-portants lui rappellent, sans cesse, tout ce dont elle est désormais privée. Cette colère, signifie aussi : “si je suis en colère, c’est que vous pouvez entendre ma voix, et donc je suis encore en vie !”.
  • La négociation, le marchandage avec la mort
Cette étape, plus silencieuse, est une phase de négociation. La personne espère une aide extérieure, elle fait des promesses en échange de sa guérison ex:
« si je prends mes médicaments, je pourrai vivre »,
« si je m'en sors, j'arrête de fumer... »,
« si seulement je pouvais assister au mariage de mon fils »,
« Si je dois mourir, ce ne sera pas avant le mariage de ma petite fille ».
 Selon les projets personnels ou familiaux importants, les personnes en fin de vie “marchandent”  le temps qui leur reste à vivre.
  • La dépression
      C’est le temps de la tristesse, le temps des larmes devant la réalité imminente de la séparation avec tous ceux que l’on aime. Parfois elle ressent le besoin d'être seule, ou parfois limite l'expression de ses angoisses à une seule personne, à quelques amis
  • L’acceptation de cette réalité
L'instant de la mort est arrivé. La personne n'a plus envie de lutter, elle relâche son effort et accepte son départ. L’être vivant s’emplit de sérénité et c’est une période très calme où les échanges humains sont souvent d’une très forte intensité.
Il y a plusieurs niveaux, d’acceptation.
L’acceptation totale, fruit d’un chemin mené à son terme. L’acceptation partielle, qui peut faire vivre en alternance acceptation de la mort et espoir d’une survie, aller et retour incessant entre lucidité et espoir. Enfin une attitude peut être rencontrée, c’est la résignation, la passivité, glissement vers le silence et l’abandon, fruit d’un ensemble de renoncements, d’échecs et de frustrations pouvant aller jusqu’au repli sur soi, au désinvestissement de la vie. Souvent vécue douloureusement par les proches, cette réaction demande un accompagnement du malade et de son entourage.
Toutes ces émotions difficiles à vivre, trop souvent colorées de culpabilité et de peurs, tous ces moments du mourir, universellement rencontrés mais de façon unique par chacun, sont l’expression d’une grande souffrance qu’il est important d’accompagner.
Une présence chaleureuse, une écoute attentive et sans jugement, un geste, un regard, sont un réel soutien pour le malade et pour ses proches.

 

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