vendredi 10 mars 2006

La douleur de l'équipe soignante

La douleur de l'équipe soignante
dans un service de soins terminaux
 Les membres de l'équipe, eux-mêmes, ont souvent besoin de soutien, surtout au cours de leurs premières semaines dans un service de soins terminaux. Pour tous ceux qui travaillent dans ce domaine, il est des moments douloureux et déconcertants. Plus ils sont proches de la faiblesse des patients et de la douleur de leurs familles, plus ils ressentiront aussi les angoisses de la séparation.

 Les infirmières qui rencontrent la mort pour la première fois la trouvent terrifiante, et même d'une étrangeté inquiétante. Elles-mêmes et leurs collègues des unités de soins ordinaires ont tendance à se demander si elles ont fait tout ce qu'elles auraient dû faire. Elles se sentent souvent accablées, et il est indispensable qu'elles aient l'occasion d'en discuter sans tarder avec quelqu'un dont, l'expérience soit plus grande, et qui de préférence ait aussi connu le patient. Ceux ou celles qui choisissent de travailler dans un établissement comme le nôtre ont actuellement, bien plus qu'il y a seulement dix ans, toute chance d'avoir eu ce genre d'occasion au cours de leur formation générale, et d'avoir suffisamment vu ce qui peut être réalisé dans un service voué aux maladies aiguës pour désirer apprendre, afin de le mettre en pratique à leur tour.


 Les médecins ne sont pas à l'abri de tels sentiments. Peut-être même sont-ils plus susceptibles de se demander si, en fait, la mort du patient n'a pas été due à un manquement de leur part. Ils peuvent avoir eu l'occasion d'en discuter en tant qu'étudiants. Même si c'est le cas, une fois qu'ils ont obtenu leur diplôme et reçu quelque responsabilité, la première mort peut, malgré tout, les traumatiser plus qu'ils ne s'y attendaient.


 Quelle que soit leur fonction, les membres d'une équipe peuvent souffrir eux-mêmes de solitude et d'épuisement, d'esprit de contestation, de colère et de dépression. Pour surmonter ces sentiments, ils ont besoin de les partager. Se contenter de les nier ou de les refouler entrave toute tentative pour mieux se prendre en charge, et par conséquent pour mieux aider les autres ensuite. La force de caractère de ceux qui choisissent de se consacrer exclusivement à ce genre de tâche, et qui persévèrent, se gagne par une entière compréhension des réalités, et non en se retranchant derrière des techniques. Le choc initial que produit le fait de travailler "en direct" dans une telle ambiance, et l'effet démoralisant des morts qui se succèdent sans cesse, appellent un soutien de l'équipe ou du groupe sous une forme ou une autre. Il est bon en effet de varier ce soutien ; une série de discussions en groupe finit, semble-t-il, par s'arrêter d'elle-même, et doit faire place à une autre approche. Les réunions qui s'organisent spontanément entre membres d'une même équipe étroitement unie dans les Renies tâches, restent le meilleur moyen d'apporter un-soutien solide autant qu'immédiat et approprié.


 La compétence est toujours source de réconfort. Apporter un soulagement efficace à la douleur sous tous ses aspects rend ce domaine extrêmement gratifiant et constitue en soi une forme majeure de soutien. Néanmoins, si nous devons côtoyer de manière prolongée la souffrance née de la dépendance et de la séparation, il nous faut aussi acquérir peu à peu une philosophie de base, et chercher, souvent douloureusement, un sens même aux situations les plus défavorables. Nous pouvons, dans notre travail, traverser de longues et parfois angoissantes périodes de régression sur le plan physique, mais elles sont souvent, en vérité, plus que compensées par des progrès sur le plan émotionnel et spirituel. Ce n'est pas idéaliser la réalité que de dire que, pendant ce temps, des réalisations ne cessent de s'accomplir. Des mourants eux-mêmes, nous n'apprenons pas seulement à comprendre un peu mieux comment la vie s'achève, mais aussi beaucoup d'optimisme au sujet de la vie et du potentiel des êtres humains ordinaires qui s'y frayent leur chemin..


 Il nous faut acquérir suffisamment de confiance dans ce que nous faisons, et nous libérer suffisamment de nos angoisses pour être à l'écoute de la détresse des autres. Ce n'est que si nous sommes préparés à le faire que nous découvrirons, parmi tous les aspects du traitement et des soins de la période terminale, celui qui nous apportera la récompense la plus précieuse : connaître jour après jour les êtres humains dans ce qu'ils ont de plus adulte et de plus courageux.


 Extrait du livre : « La vie aidant la mort » Thérapeutiques antalgiques et soins palliatifs en phase terminale
de Cicely Saunders et Marie Baines

Ce livre rend compte de plus de 15 ans de travail au St Christopher's Hospice, où l'on soigne des malades souffrant de douleurs chroniques intenses au cours de certaines phases terminales de maladie. On y trouvera brièvement exposés les moyens de porter remède à la douleur et aux symptômes qui peuvent rendre fort inconfortable la fin de certaines vies. Cet ouvrage expose un savoir-faire sur lequel le praticien pourra prendre appui.

Ce livre rend compte de plus de 15 ans de travail au St Christopher's Hospice, où l'on soigne des malades souffrant de douleurs chroniques intenses au cours de certaines phases terminales de maladie. On y trouvera brièvement exposés les moyens de porter remède à la douleur et aux symptômes qui peuvent rendre fort inconfortable la fin de certaines vies. Cet ouvrage expose un savoir-faire sur lequel le praticien pourra prendre appui.
Voir biographie de Cecily Saunders:http://www.pujo-j-jacques.net/categorie-457350.html

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire