dimanche 11 mars 2007

Fin de vie : la loi existe, par Marie de Hennezel

Fin de vie : la loi existe, par Marie de Hennezel
Marie de Hennezel interpelle les candidats à la présidentielle sur l’application de la loi Leonetti et sur les questions de la fin de vie.

LE MONDE | 28.02.07 | 14h15  •  Mis à jour le 28.02.07 | 14h15

Voilà qu'à une semaine de distance vous prenez l'un et l'autre position en faveur d'une loi sur l'euthanasie. L'un et l'autre, vous invoquez l'argument des "souffrances épouvantables... intolérables" des personnes en fin de vie, souffrances face auxquelles "on ne peut pas rester les bras ballants", dites-vous. Vous voulez "mettre en place une législation" qui permette de les apaiser

En vous écoutant, on reste pantois. N'avons-nous pas déjà une loi qui oblige les médecins à soulager toutes les souffrances, même au risque d'écourter la vie ? N'avons-nous pas déjà une loi qui oblige les médecins à respecter le droit d'une personne de dire : "Je n'en peux plus !"

Avez-vous déjà oublié l'Italien Welby ? S'il avait vécu en France, il aurait obtenu le droit de mourir.

Pourquoi faire croire aux Français qu'il faut une nouvelle loi pour que ces souffrances indignes cessent ? Ne vous appartient-il pas, en tant qu'élus ayant voté les lois qui existent, de faire une pédagogie de ces lois ? D'expliquer aux Français que les textes encadrent parfaitement la fin de la vie, et que si des cas de souffrances intolérables nous sont encore rapportés, cela montre que la loi n'est pas encore appliquée partout. Cela montre que certaines équipes ont encore des choses à apprendre.

Si vous voulez vraiment vous engager aux côtés de ceux qui souffrent, pourquoi ne prenez-vous pas l'engagement solennel, comme vous savez si bien le faire sur d'autres sujets, de faire appliquer les bonnes pratiques en fin de vie ?

Pourquoi ne prenez-vous pas l'engagement de former, d'ici cinq ans, tous les médecins hospitaliers et libéraux de France, afin qu'il n'y ait plus un endroit dans notre pays où l'on puisse réclamer la mort parce que l'on n'en peut plus de souffrir ?

Pourquoi ne prenez-vous pas l'engagement de financer des postes de psychologue pour épauler les médecins et les infirmières confrontés à tant d'angoisse, et de donner aux établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes les moyens d'offrir une fin de vie digne et humaine ?

Pourquoi ne prenez-vous pas l'engagement de financer le congé d'accompagnement prévu par la loi du 9 juin 1999. Les familles pourraient alors assumer leur rôle d'accompagnement. Savez-vous qu'aujourd'hui, à l'hôpital, trois personnes sur quatre meurent sans un proche à leurs côtés ?

Ces mesures demanderont un effort. Sans elles, on verra se généraliser une mort à deux vitesses. Là où la culture palliative aura diffusé son savoir-faire et son savoir-être, on trouvera les conditions pour une fin de vie apaisée. Ailleurs, on n'aura sans doute pas d'autre issue que de demander la mort pour être soulagé. Je ne doute pas que vous soyez convaincus de l'urgence de réduire l'inégalité d'accès aux soins palliatifs. J'imagine que, comme moi,

vous trouvez inacceptable qu'on invoque l'hétérogénéité des pratiques en fin de vie comme argument en faveur d'une loi qui donnerait aux médecins le droit de tuer ceux qu'ils ne savent pas soulager.

C'est pourquoi il ne faut pas se tromper de débat. Les "souffrances intolérables" que vous évoquez l'un et l'autre appellent autre chose qu'une nouvelle loi, des mesures concrètes, urgentes, impératives. Nous attendons que vous les preniez.

Mais sans doute pressentez-vous qu'un autre débat est nécessaire. Ce débat-là ne concerne pas les personnes en fin de vie, mais celles qui veulent maîtriser le moment de leur mort, en choisir le jour, et obtenir qu'on les aide à se suicider. Nous attendons que vous ayez l'honnêteté de le reconnaître et de poser les vraies questions.

Quelle place sommes-nous prêts à accorder à ceux qui se sentent de plus en plus exclus de la communauté des vivants et désirent la mort plutôt que la vie : parmi eux, des polyhandicapés, de grands vieillards, des dépendants, des déments, et même de plus en plus de grands déprimés ?

Quelle réponse sommes-nous prêts à apporter à des souffrances qui ne concernent pas la fin de la vie ?

Voilà le débat que nous aimerions que vous ayez le courage d'entamer, car il n'a pas encore eu lieu. Ce serait plus clair pour tout le monde.

Marie de Hennezel, psychologue, écrivain.

Article paru dans l'édition du 01.03.07. Voir lien ci-dessous :
 

Pour le docteur Bernard Devalois, président de la SFAP : « Nous aidons les gens à mourir sans souffrir, nous soutenons leur famille, nous avons les moyens de le faire, cela ne veut pas dire qu'on provoque la mort. »

Enfin, Jean Leonetti, médecin, député UMP, à l'origine de la loi de 2005 sur la fin de vie, déplore la confusion qui règne sur la terminologie dans ce débat et soutient que « que la loi d'avril 2005 n'est pas connue, est mal comprise et mal appliquée. La première chose à faire serait d'abord de remédier à cela. »

Mais avant tout, il faudrait que les soignants apprennent, entre eux, à parler de la mort. "Pas comme d'un échec, ou d'un sujet tabou, mais comme d'une réalité à laquelle nous sommes confrontés tous les jours."

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