jeudi 27 mars 2008

Livre : Le groupe de parole à l'hôpital par Martine Ruszniewski

 Le groupe de parole à l’hôpital


Présentation de l'éditeur

Le groupe de parole est un espace qui fonctionne au sein d'un service hospitalier selon unelogique non médicale.Martine-Ruszniewski.jpg
Sa principale caractéristique est d'inciter les soignants à quitter leur logique professionnelle - avec ses critères d'évaluation, sa hiérarchie et ses résultats - pour entrer dans un espace où leur parole s'exprime sur un mode différent. Il s'agit ainsi paradoxalement de mettre de côté les pratiques de son métier pour mieux l'exercer. Ce temps particulier peut être perçu comme perdu selon les critères de l'efficacité technique et normative.
Il est en fait un temps gagné sur l'usure, la fatigue, le découragement. Un temps gagné sur les blocages inconscients et les non-dits qui épuisent. À partir d'une expérience de 20 ans de pratique, ce livre introduit à cette expérience positive de la subjectivité. Il aura rempli sa fonction en plaçant les soignants dans une situation de découverte et de désir pour leur faire goûter l'énergie et la créativité que génère le groupe de parole.

 Sommaire
Avant-propos : A l'écoute de ceux qui soignent. L'institution et le groupe de parole. Le rôle de la parole. L'expression du sujet. Les risques et les bienfaits de la parole : le fonctionnement du groupe. Le groupe de parole et le patient. La personne du leader. La fonction du leader. Le groupe de parole : un nouvel espace de relation. Bibliographie.

 Chapitres :
1-L'institution et le groupe de parole;
2-Le rôle de la parole;
3-L'expression du sujet;
4-Les risques de la parole : le fonctionnement du groupe;
5-Le groupe de parole et le patient;
6-La personne du leader;
7-La fonction du leader;
8-Le groupe de parole : un nouvel espace de relation


Lire l'article : Une journée au sein d’un groupe de paroles. 
http://www.humanite.fr/1999-03-25_Societe_Au-sein-d-un-groupe-de-paroles

Auteur :   Martine RUSZNIEWSKI
Avec la collaboration de   Gil Rabier 
Editeur : DUNOD
Collection : Psychothérapies
Public : Psychologues, psychothérapeutes ;  Réseaux associatifs d'aide aux malades
Date de parution : 1999
N° ISBN : 9782100511327



 

Autre livre du même auteur :
Face à la maladie grave
L'accompagnement des personnes en fin de vie suppose une compétence et un savoir-faire
Face-a-la-maladie-grave.jpgpsychologique spécifique. L'auteur s'est appuyé sur de nombreuses situations cliniques concrètes pour analyser la multiplicité des interrelations face à la mort.
Sommaire
Le temps des souffrances - Le diagnostic : genèse des souffrances. Les mécanismes de défense des soignants. Les mécanismes de défense des patients. "Des simulacres plus indispensables que le pain". Du refus à la résignation. Le rôle des proches. Le refus ou la rébellion achevée. Entre résignation et révolte. A l'orée de la parole. Vivre entre maladie et mort. Le désarroi des soignants. La dynamique soignant-soigné. La collaboration thérapeutique.
 

 

Cliquer sur le lien ci-dessous pour détails de cet ouvrage :
http://www.pujo-j-jacques.net/article-2651470.html

BIOGRAPHIE de Martine Ruszniewski
     

MARTINE RUSZNIEWSKI est psychanalyste. Elle exerce les fonctions de psychologue clinicienne au sein de l'unité mobile de soins palliatifs, hôpital de La Pitié-Salpêtrière. Elle est membre et leader accrédité de la Société médicale Balint. Elle est également l'auteur de Face à la maladie grave, Dunod, 1995. GIL RABIER a réalisé un film documentaire sur l'équipe mobile de soins palliatifs et d'accompagnement de l'hôpital La Pitié-Salpêtrière.

lundi 24 mars 2008

Théâtre : La Mère Louise et l'père Joseph face à la mort

 

Pièce de théâtre : La Mère Louise
et l'père Joseph face à la mort


Comment sensibiliser les professionnels d'une part, le grand public d'autre part, à la réalité de l'accompagnement des personnes en fin de vie ? Tel était l'objectif qui nous avait été fixé par une association d'accompagnement des personnes en fin de vie (JALMALV) en 2006.

 

La pièce de théâtre créée pour répondre à cette demande s'intitule "La mère Louise et le père Joseph face à la mort".
Jouée plusieurs
fois en 2007, elle le sera aussi en 2008 : Angers, Longjumeau, Brest, Dinan, Lyon, Le Puy en Velay....

 

Deux comédiens expérimentés dans le domaine de l'accompagnement ont créé cette pièce (1h10 environ) qui illustre notamment les étapes définies par Elisabeth Kübler-Ross : déni, marchandage, révolte, dépression, etc.


" Le jour où l'père Joseph revient de ses examens et annonce : "j'suis foutu ma Louise, ils m'ont dit qu'j'en avais plus que pour trois mois", c'est le ciel qui leur tombe sur la tête, toute une vie qui s'écroule après 50 ans de mariage".


Sans rien enlever du réalisme propre à la situation, cette pièce fait une place importante à la poésie, et facilite de ce fait l'appropriation par chacun de son contenu et de ses interrogations. Elle sensibilise aussi bien les professionnels que le grand public aux réalités multiples de la fin de vie. Ce spectacle ouvre de manière créative sur un débat avec le public.

 

Un spectacle sur la fin de vie, plein d’humour et de tendresse.

Un spectacle qui ouvre le débat sur la fin de vie.

 

J.Y Revault

 

Vous trouverez en pièce jointe

  une affichette de présentation en cliquant 


Dates et lieux de représentation sur demande.
Les comédiens fournissent décor et matériel.


Renseignements :

J.Y REVAULT
14, rue de la Frairie
85220 Apremont 
Tél. 02.28.10.28.42 ou 06.87.35.46.94

Site internet perso : http://ecrire-pour-se-guerir.over-blog.fr/

Courriel : jyrevault@yahoo.fr

dimanche 16 mars 2008

Maladie d'Alzheimer

Notre espérance de vie augmente et avec elle le risque de développer la maladie d'Alzheimer. Un siècle après la description du premier cas, que sait-on de cette pathologie ? Quels sont ses causes, ses symptômes.

 

D’après les données de l’OPEPS 2005 (Office parlementaired’évaluation des politiques de santé), réactualisés:

  • 860 000 personnes atteintes
  • Dont 500 000 à un stade modéré à sévère
  • plus de 225000 nouveaux cas par an
  •  
  •  75 % des personnes malades vivent à domicile.
  •  … plus de 60% en institution
  •  

Que sait-on de cette pathologie ?

La maladie d'Alzheimer est une maladie neurodégénérative du tissu cérébral qui entraîne la perte progressive et irréversible des fonctions mentales. C'est la principale cause de démence chez les  personnes âgées, touchant environ 24 millions de malades à travers le monde.

Le processus neurodégénératif responsable de la maladie est encore mal connu : il serait dû à la formation de plaques amyloïdes et d'agrégats de protéines tau formant les dégénérescences neurofibrillaires. L'atrophieneuronale résultante touche dans un premier temps le lobe temporal interne (et notamment l'hippocampe) puis les cortex associatifs frontaux et temporo-pariétaux à un stade plus avancé.

La cause exacte est encore inconnue, mais on suppose que des facteurs environnementaux et génétiques y contribuent. Des mutations dans au moins quatre gènes prédisposant à la maladie d'Alzheimer ont été identifiées. Ils sont particulièrement en cause dans les cas familiaux à début précoce, qui représentent moins de 5% des patients atteints par la maladie d'Alzheimer. Pour la forme dite sporadique de la maladie d'Alzheimer, plusieurs gènes de susceptibilité (tel que l'ApoE) ont été identifiés.

Jusque dans les années 1960, on supposait que la maladie était rare, mais plus tard on s'aperçut que dans beaucoup de cas, ce que l'on avait pris pour des aspects normaux de la sénescence relevait en fait de cette maladie.

Le premier symptôme frappant est la perte du souvenir des événements récents (amnésie) ; elle se manifeste initialement par des distractions mineures qui s'accentuent progressivement avec la progression de la maladie, tandis que les souvenirs plus anciens sont relativement préservés. Par la suite, les déficits cognitifs s'étendent aux domaines du langage (aphasie), de l'organisation des mouvements (apraxie), de la reconnaissance visuelle (agnosie) et des fonctions exécutives (telles que la prise de décision et la planification). Ces derniers symptômes reflètent en particulier le processus pathologique de dégénérescence atteignant les lobes frontauxcerveau.

Ces changements psychologiques influent sur les qualités humaines essentielles et pour cette raison la maladie d'Alzheimer est quelquefois décrite comme une maladie où les victimes subissent la perte de qualités qui forment l'essence de l'existence humaine.



Maladie d'Alzheimer et troubles apparentés :

 

·  Maladie d'Alzheimer

·  Maladie de Creutzfeldt-Jakob

·  Maladie de Huntington

·  Maladie de Parkinson


Suite de l'article, cliquer sur le lien ci-dessous :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maladie_d%27Alzheimer




Voir aussi : l'association
France Alzheimer à cette adresse :
http://www.francealzheimer.org/pages/vivre-avec-alzheimer/maladie.php

La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées touchent près d’un million de personnes en France.

L’Association France Alzheimer, est la seule association reconnue d’utilité publique dans le domaine de la maladie d’Alzheimer.

Présente dans toute la France à travers plus de 100 associations départementales en France métropolitaine et dans les DOM-TOM, elle compte 90 000 adhérents et donateurs..



Voir aussi :

: http://www.meotis.fr/maladie_A.php

Maladie d'Alzheimer : Test de la mémoire

TROUBLES DE LA MEMOIRE
Faut-il vous inquiéter ?


Afin de mieux reconnaître les signes précurseurs de la maladie Répondez aux 15 questions suivantes.

Question 1 : Avez-vous des difficultés à vous rappeler des évènements de l'actualité récente ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 2 : Avez-vous des difficultés à suivre un film (ou une émission de TV, ou un livre), parce que vous oubliez ce qui vient de se passer ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 3 : Vous arrive-t-il d'entrer dans une pièce, et de plus savoir ce que vous venez chercher ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 4 : Vous arrive-t-il d'oublier de faire des choses importantes que vous aviez prévues ou que vous deviez faire (payer des factures, aller à un rendez-vous ou une invitation) ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 5 : Avez-vous eu des difficultés à vous souvenir des numéros de téléphone habituels ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 6 : Oubliez-vous le nom ou le prénom des personnes qui vous sont familières ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 7 : Vous arrive-t-il de vous perdre dans des lieux familiers ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 8 : Vous arrive-t-il de ne plus savoir où snt rangés les objets usuels ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 9 : Vous arrive-t-il d'oublier d'éteindre le gaz (ou les plaques électriques, ou le robinet, ou de fermer la porte de la maison) ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 10 : Vous arrive-t-il de répéter plusieurs la même chose parce que vous oubliez l'avoir déjà dite ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 11 : Avez-vous des difficultés à retrouver des noms propres de personnes ou de lieux (acteurs connus, relations, lieux de vacances...) ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 12 : Avez-vous des difficultés à apprendre des choses nouvelles (jeux de cartes ou de société, nouvelle recette, mode d'emploi...) ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 13 : Avez-vous besoin de tout noter ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 14 : Vous arrive-t-il de perdre des objets ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

Question 15 : Vous arrive-t-il d'oublier immédiatement ce que les gens viennent de dire ?

 Jamais
 Rarement
 Parfois
 La plupart du temps

RESULTATS

En additionnant les scores de chaque question vous obtenez un nombre compris en 0 et 45.

0 pour jamais
1 pour rarement
2 pour parfois
3 pour la plupart du temps
 

  • ·  Un résultat supérieur à 15 justifie une consultation rapide
  • ·  Entre 5 et 15 la vigilance reste nécessaire. Parlez en avec votre médecin.
  • ·  En dessous de 5, pas d'inquiétude !! 


Remarque :

  • L'information contenue dans ce site ne doit pas remplacer l'avis médical d'un professionnel qualifié. Veuillez consulter votre médecin ou un professionnel qualifié des soins de santé pour obtenir de l'information pertinente à votre propre situation.

 

Et si c'était la maladie d'Alzheimer ?
Autre test de la mémoire chez DOCTISSIMO

Oublis de plus en plus fréquents, petits troubles du comportement... L'un de vos proches commence à vous inquiéter. Est-il temps d'aller consulter un médecin ? Un petit test à faire avec lui pour vous rassurer ou le conduire à aller consulter.

Test à cette adresse : http://www.doctissimo.fr/asp/quizz/visu_form_alzheimer.asp



Perte de mémoire ou maladie d'Alzheimer ?
Complément d'information chez DOCTISSIMO

Ne plus se souvenir du numéro de téléphone de son bureau ou du code secret de sa carte bleue peut arriver à tout le monde. Mais comment distinguer ces troubles "normaux" d'une possible maladie d'Alzheimer. Découvrez les signes qui doivent vous alerter.

Suite de l'article très complet, cliquer ci-dessous :
http://www.doctissimo.fr/html/dossiers/alzheimer.htm

 

samedi 15 mars 2008

Poème : Les Naufragés de l'Alzheimer

Les Naufragés de l'Alzheimer


J'aime ces gens étranges,
aux trous dans la mémoire,
Des trous remplis de plaies, présentes ou bien passées,
Vérités toutes crues, remontant en marée,
Quand les masques ont fondu,
que la farce est jouée.

L'inconscient se lézarde, la raison capitule,
Des blessures tenaces, font surface et bousculent,

L'hier est aujourd’hui, le présent n'est qu'instant,
De vieilles photos parlent, révélateurs puissants.

J'aime ces gens étranges, leur raison déraisonne,
Ils sont les dissidents, des logiques des hommes,
Leur cœur ne souffre pas, l'événement leur échappe,
Ils captent les émois, l'essentiel sans flafla…

J'aime ces gens étranges, qui repèrent la fausseté,
Des gestes et des paroles, réclament l'amour vrai,
Fonctionnent à la tendresse, négligent tout le reste,
Ils sont vérité nue, ils aiment, ou ils détestent.

J'aime ces gens étranges, à la mémoire trouée,
Qui échangent des bribes, de leurs vies effacées,
Voyageurs sans papier, sans qualifications,
Ils sont ce que nous sommes, et nous leur ressemblons.

J'aime ces gens étranges, qui me montrent du doigt,
Les immenses trous noirs, que j'ai au fond de moi,
Ils sont le grand miroir, de mes désirs enfouis,
De ma débridence tue, et de ma fantaisie.

J'aime ces gens étranges, qui ont le mal d'enfance,
Comme le mal d'un pays, qu'ils chercheraient en silence,
Derrière l'apparence, de leur mémoire perdue,
Leur peau parle une langue, que nous n'entendons plus.

J'aime ces gens étranges, aux trous dans la mémoire,
Des trous remplis de plaies, présentes ou bien passées,
Vérités toutes crues, remontant en marée,
Quand les masques ont fondu,
que la farce est jouée.

Julos Beaucarne a prêté sa tendresse, sa voix et sa musique à Baluchon Alzheimer.
Le texte de Marie Gendron “Les larmes de la mémoire” est devenu "Les naufragés de l'Alzheimer".

Ce morceau figure sur le dernier CD de Julos Beaucarne : Le Jaseur Boréal.
Pour écouter la chanson, cliquez : ici 
 

 

Les larmes de la mémoire, Poème (complet) composé en 1999 par Marie Gendron à cette adresse :
http://www.baluchon-alzheimer.be/marie-gendron.htm

Marie Gendron, fondatrice de Baluchon Alzheimer au Québec en 1999, est docteur en gérontologie de l’Université de Liège.

Marie Gendron et Julos Beaucarne, Montréal, Hôtel du Vieux Port, 13 mai 2003 : http://www.baluchon-alzheimer.be/julos-beaucarne.htm

Julos Beaucarne, site perso :
http://users.skynet.be/fa410880/index.html

Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Julos_Beaucarne

Le malade et sa famille face à la maladie grave

Conférence – Débat organisée par l’Association J.A.T.A.L.V. 

Jusqu’au Terme Accompagner La Vie.

Monaco, 15 novembre 2007


Pr René SCHAERER Professeur honoraire de cancérologie à l’Université Joseph Fourier de Grenoble. Précurseur du mouvement J.A.L.M.A.L.V. : Jusqu’à la Mort Accompagner la Vie.

Le conférencier Le Professeur Schaerer et les membres de la table ronde : Dr Ghiglione U.M.S.P.S. - Dr Garnier Oncologue- Dr Zarqane Cardiologue - Mr Lalvée Psychologue - Mr Aeschabch Fight Aids - Mme Einthoven (médiatrice de la table ronde).


Une maladie grave nous affronte à la menace de notre propre mort. Quand elle atteint l’un des membres de notre famille, c’est tout le groupe familial qui vit cet affrontement, que la chose soit dite ou qu’elle soit tue parce qu’on n’ose pas ou ne sait pas mettre des mots sur cette réalité. Un ouvrage comme celui de Philippe Bataille, « Un cancer et la vie[1] » montre bien le caractère inéluctable et violent de cet affrontement. Après un certain temps d’évolution de la maladie et une succession de périodes d’amélioration et de rechutes vient, pour encore beaucoup de malades aujourd’hui, une évolution terminale au cours de laquelle ne sont plus justifiés que des soins palliatifs. Je centrerai ma réflexion sur cette période, non par pessimisme, mais pour ne pas éluder les questions qui se posent à nous que nous soyons les proches d’un malade, ou encore soignants ou bénévoles.


Veuillez trouver l'intégralité de la conférence du Professeur René Schaerer en cliquant sur le lien ci-dessous :

http://www.jatalvmonaco.com/index.php?option=com_content&task=view&id=6&Itemid=7


En France, l’association J.A.L.M.A.L.V. a été fondée en 1983 par le Professeur Schaerer, cancérologue, chef du service d’oncologie médicale au C.H.U. de Grenoble.
Elle fédère à ce jour 78 associations.


L’association «J.A.T.A.L.V.» regroupant des bénévoles a été fondée le 20 juillet 1999 dans la Principauté de Monaco avec l’accord du Gouvernement Princier. Depuis le 24 juin 2006, elle est affiliée à la Fédération française J.A.L.M.A.L.V. : Jusqu’à la Mort, Accompagner la Vie. (voir Liens)  

jeudi 6 mars 2008

« Euthanasie, déshumanisation de la mort et fuite de l'engagement personnel face à la mort »

ENTRETIEN AVEC MONSEIGNEUR JACQUES SUAUDEAU, DE L’ACADEMIE PONTIFICALE POUR LA VIE
« Euthanasie, déshumanisation de la mort et fuite de l'engagement personnel face à la mort » : c'est le titre d'un rapport établi par Marguerite A. Peeters, rédactrice en chef de l' « Interactive Information Services », un service d'information spécialisé dans l'étude de la mondialisation, de ses concepts-clefs et de ses mécanismes opérationnels (cf. IIS 274, du 25 février 2008).

Dans cet entretien, qui fait partie du rapport, M. Peeters rencontre Mgr Jacques Suaudeau, de l'Académie Pontificale pour la Vie (APV), à l'occasion de la 14ème assemblée générale qui a eu lieu au Vatican les 25 et 26 février autour des problèmes de fin de vie : « Auprès du malade incurable et du mourant : orientations éthiques et opératoires ».

« Douleur », « souffrance » et « mort » font partie de ces réalités universellement humaines que la culture occidentale actuelle en cours de mondialisation cherche à dénier. L’euthanasie « fait la mort à la mort ». Elle exprime la tentative d’échapper à la lucidité nécessaire aux derniers moments de la vie pour vivre sa mort humainement - autrement dit, l’ultime fuite de l’engagement personnel. En ce sens, l’euthanasie est un phénomène postmoderne et se rattache à la civilisation « non-répressive » du rêve et de la virtualité déjà préconisée par Marcuse. L’éthique postmoderne et post-chrétienne prétend offrir à l’individu un accès universel à tous les « choix » possibles - et donc un « pouvoir » absolu sur sa destinée, mais elle favorise une fuite de l’engagement personnel à tous les moments de l’existence, et en particulier à son ultime moment, justement quand devrait s’effondrer le mythe de l’autorédemption de l’homme.

Marguerite A. Peeters - Commençons par une définition : qu’est-ce que l’euthanasie ?

Mgr J. Suaudeau -

On parle beaucoup de l’euthanasie ces temps derniers. Et comme tous ces termes dont on parle beaucoup, on ne sait pas toujours très bien à quoi il se réfère. Ce mot a une histoire. Il a été forgé par Francis Bacon au 17ème siècle, qui a utilisé les deux paroles grecques « eu- » et « thanatos » pour désigner une « mort facile et douce ». Depuis lors, le mot bien sûr a pris une autre signification et s’est élargi. Si on essaye de donner une définition complète, on pourrait dire que par le terme d’euthanasie on entendrait « l’acte de supprimer délibérément la vie d’un malade incurable pour mettre fin à ses souffrances ; ou bien encore pour éviter la prolongation d’une vie pénible ; ou encore pour mettre fin à une vie estimée non digne d’une personne humaine, et tout cela pour un motif de pitié ». Moyennant quoi, cette définition a comporté quelques sous-définitions : des mots s’y sont rajoutés, compliquant ainsi les choses. Par exemple, on parle souvent d’euthanasie active ou passive, ou même d’euthanasie indirecte.

Marguerite A. Peeters - Qu’entend-t-on par ces expressions ?

Mgr J. Suaudeau - L’euthanasie active serait l’acte de donner directement la mort, par exemple par une injection létale. L’euthanasie passive serait l’acte de laisser le patient mourir en fonction de l’évolution de sa propre maladie. C’est une très mauvaise distinction, qu’il ne faut pas utiliser d’ailleurs. Car entre le fait de laisser une maladie à son cours en évitant de donner des soins jugés désormais inutiles ou même pénibles, et le fait de donner directement la mort, il y a un abîme.

Marguerite A. Peeters - L’euthanasie se définit donc comme l’acte de donner la mort ?

Mgr J. Suaudeau - Oui, et cet acte peut être direct (par exemple injection d’un produit intraveineux) ou indirect (par exemple arrêt de l’alimentation, ou arrêt du respirateur). Mais il est, dans les deux cas, animé d’une volonté de donner la mort. Le reste, ce n’est pas de l’euthanasie : le laisser mourir, où on laisse la personne mourir en paix sans la charger de traitements inutiles, n’est pas euthanasie.

Marguerite A. Peeters - Et l’euthanasie indirecte ?

Mgr J. Suaudeau - L’expression ne signifie rien : le moyen peut être plus ou moins direct. Ce qui compte, c’est l’intention. L’euthanasie est toujours active ; s’il y a des moyens plus ou moins directs, l’euthanasie se définit par une volonté de donner la mort : c’est un homicide.

Marguerite A. Peeters - Qui est l’acteur de l’euthanasie : le patient ou le médecin ?

Mgr J. Suaudeau - Dans l’euthanasie elle-même, l’acteur est en principe quelqu’un d’autre qui agit par motif de pitié. Plus récemment s’est adjoint la notion de suicide assisté. On distingue l’euthanasie du suicide, où c’est la personne elle-même qui met fin à ses jours. Mais il y a des cas où la personne ne peut pas mettre fin à ses jours, quel que soit son désir, parce qu’elle en est incapable mécaniquement : elle est paralysée, trop faible, ou elle n’a pas la drogue. Et alors elle va demander l’aide d’un tiers pour lui porter le moyen létal de se tuer. Quand on a introduit cette notion de suicide assisté, c’était la personne à qui on procurait un barbiturique qui prenait elle-même le barbiturique. Mais le concept s’est élargi aux cas où les gens vont à une maison où on les fera mourir. C’est leur volonté, mais pratiquement, la majeure partie du travail est faite par des tiers. Il s’agit donc là d’une certaine perversion du terme. Alors que l’euthanasie n’est permise vraiment qu’en Hollande et en Belgique, le suicide assisté se pratique aussi dans l’état d’Origon (USA) et en Suisse.

Marguerite A. Peeters - L’euthanasie est-elle toujours appelée par son nom ? Ne parle-t-on pas aussi, par exemple, de « mort médicalement assistée » pour désigner la même réalité euthanasique ?

Mgr J. Suaudeau - Il existe une constellation de termes plus ou moins abusifs pour « adoucir » le terme d’euthanasie. Les partisans de l’euthanasie n’aiment pas trop utiliser ce terme, marqué de toute une connotation. Ils utilisent facilement des euphémismes et un langage technique, par exemple « arrêt de nutrition par sonde » ou « arrêt d’une alimentation - hydratation » pour cacher une réalité euthanasique. Mais à partir du moment où on arrête de nourrir quelqu’un, il meurt, et c’est une euthanasie. On va encore parler d’« analgésie en fin de vie » pour désigner l’injection de produits qui sont effectivement analgésiques et anesthésiques, mais qui sont vraiment désignés à donner la mort. Et c’est en particulier le cas des personnes âgées en hôpitaux dont on termine le cours vital par une administration de barbiturique ou une perfusion ; et après on informe la famille : « votre grand père est mort cette nuit » ; c’est une euthanasie. Le pire des abus, c’est l’emploi du terme « soins palliatifs » pour désigner justement ces terminaisons accélérées de vie par injection. Dans certains cas, certains analgésiques destinés à supprimer la douleur peuvent déprimer le myocarde et entraîner la mort. Dans les soins palliatifs, il arrive qu’on prenne le prétexte de supprimer la douleur pour justifier l’euthanasie par produits analgésiques. Donc voilà un peu la myriade de ces termes qui servent à adoucir la pilule, pour ne pas employer le terme d’« euthanasie ».

Marguerite A. Peeters - Et quand n’y a-t-il pas euthanasie ?

Mgr J. Suaudeau - Il faut que ce soit bien clair. Car les gens se font avoir, lorsqu’on leur parle de compassion et de souffrances inutiles. Or, sans faire d’euthanasie, nous pouvons faire beaucoup de choses pour adoucir la dureté de la mort. N’est pas euthanasie le fait d’interrompre une réanimation en état, par exemple, de mort cérébrale, quand il n’y a aucune raison de continuer une réanimation : on sait très bien que la personne est morte. De même, on n’euthanasie pas quand on laisse mourir en paix une personne atteinte d’un cancer et qu’on ne va plus lui donner de chimio parce qu’il n’y a aucune raison – cela va peut-être prolonger un peu sa vie mais dans des souffrances. Et donc on la laisse tranquille, on la renvoie chez elle où elle pourra mourir dans sa famille. Ou encore, on n’euthanasie pas si on laisse mourir une personne en état végétatif prolongé, non pas en supprimant l’alimentation, mais simplement par exemple si une infection pulmonaire survient et qu’on ne fait pas de grands efforts pour lui donner des antibiotiques : la personne mourra, mais sa mort ne sera pas provoquée. Ou encore n’est pas euthanasie la non-réanimation d’un enfant très handicapé à la naissance, par exemple d’un encéphale, qui pourrait vivre quelques heures ou quelques jours.

Marguerite A. Peeters - Nos contemporains ont-ils la conscience suffisamment bien formée pour distinguer la frontière entre ce qui est euthanasie et ce qui ne l’est pas, et savoir aussi discerner ce qui est acharnement thérapeutique ?

Mgr J. Suaudeau - Justement, les gens ne sont pas accoutumés. A cause de cette notion de souffrance inutile et d’une certaine compassion, les gens ne voient pas que derrière les soins palliatifs se cache en réalité en fait une volonté délibérée d’euthanasie qui ne respecte pas le malade. Et l’acharnement thérapeutique a fait son œuvre dans l’imaginaire. C’est un terme très français d’ailleurs, car en anglais on parle d’un « excès de traitement ». L’acharnement thérapeutique évoque l’idée de ce médecin terrible qui veut à tout prix maintenir en vie son malade en le faisant souffrir… Mais aujourd’hui, les médecins évitent l’acharnement thérapeutique. C’est tout à fait par hasard qu’un malade qui doit mourir soit prolongé par erreur ou pour d’autres raisons. En général, les médecins ont bien appris leur leçon. Ils auraient plutôt tendance à l’autre pôle.

Marguerite A. Peeters - Pouvez-vous brièvement nous rappeler l’histoire de l’euthanasie ?

Mgr J. Suaudeau - L’histoire de l’euthanasie nous explique bien des choses. Il n’y a rien de nouveau. Ce n’est vraiment pas un progrès. L’euthanasie a toujours existé, depuis la haute antiquité, en particulier dans le paganisme : on quittait cette vie quand on estimait qu’elle n’était plus digne. Les romains étaient spécialistes de l’affaire. Quand ils avaient des problèmes politiques ou quand l’ennemi se rapprochait, ils estimaient que le moment était venu et on donnait la mort. C’était une pratique qu’on considérait comme bonne – une mort digne. Mais déjà dans l’antiquité, le parti opposé existait aussi. Par exemple, Hippocrate ou Pythagore estimaient lâche le fait de se donner la mort et de se soustraire à son sort humain. Cicéron prenait très au sérieux les affaires humaines ; il considérait que la providence nous avait mis dans telle ou telle position et il fallait accomplir ce trajet vital qui nous avait été fixé par les dieux. Dans le songe de Scipion, qui pensait se donner la mort, Cicéron a cette très belle phrase : « vous, toutes les personnes droites, vous devez conserver votre vie, vous ne devez pas en disposer sans le commandement de celui qui vous l’a donnée en sorte que vous ne paraissiez pas vous soustraire à l’office humain où Dieu vous a placé. » Déjà à cette époque donc, existait le point de vue qu’on ne pouvait pas fuir ses responsabilités. L’avènement du christianisme a tout changé, bien sûr, car il ouvrait une porte derrière ce désespoir de la mort et disait qu’au-delà de la mort il y avait la possibilité de la vraie vie, complète, de bonheur en Dieu, et que la mort en elle-même était un moment très important de la vie dans lequel on pouvait régler ses affaires et qu’il fallait affronter cette mort avec dignité et la confiance du chrétien. Avec l’abandon progressif de la pratique religieuse, le doute sur beaucoup de choses, la situation s’est de nouveau dégradée au 19ème siècle. Puis on arrive au nazisme. Avant guerre, l’eugénisme portait déjà avec lui les notions de la possibilité de l’avortement, d’éliminer les handicapés et ainsi de suite. Mais on n’en prenait pas bien conscience. Et le nazisme, en portant cet eugénisme à son pinacle, a montré le résultat, avec sa fameuse campagne de l’opération « Aktion T 4 euthanasia » qui visait à éliminer toutes les bouches inutiles. L’opération T 4 a fait, d’après les estimations, environ 200.000 victimes. Du coup, le mouvement en faveur de l’euthanasie, qui était assez virulent avant la deuxième guerre mondiale, s’est tu : on ne pouvait plus reprendre ce mot, avec l’étiquette nazie qui lui était attachée. Le mouvement pour l’avortement a pris la relève. La légalisation de l’avortement est passée d’abord. Quand on a commencé à voir que les actes des nazis étaient un peu oubliés, que l’aura négative de l’euthanasie commençait à s’estomper, que les nouvelles générations n’en avaient plus conscience, alors de nouveau le mouvement pour l’euthanasie a repris de l’activité.

Marguerite A. Peeters - Il s’agit, dites-vous, d’un « mouvement » ?

Mgr J. Suaudeau - C’est un mouvement international qui s’allie tout à fait avec le mouvement eugénique. Il a avancé par étapes. La première a été celle du « meurtre par pitié », par compassion. Car les mots ont changé : au début, on parle de « meurtre par pitié ». Cette étape se marque par une série de jugements dans lesquels des individus, qui avaient en général supprimé des enfants handicapés, ont été jugés et puis finalement relaxés : en Belgique en 1962, un cas a fait beaucoup parler de lui et a été suivi d’une dizaine de cas, en particulier en Italie et en France, de gens qui ont fait l’euthanasie pour des raisons de « compassion ». Puis vient la deuxième étape, celle de l’introduction de nouveaux mots et comme l’expression de « mourir avec dignité ». L’accent n’est plus mis sur l’altruisme, mais sur la « dignité » – un concept très vague. En 1974, trois prix nobels (Jacques Monod, Georges Thompson et Linus Pauling) signent un manifeste en faveur de l’euthanasie. Le manifeste dit : nous croyons dans la dignité de l’individu ; il faut que l’individu puisse être libre de décider de son sort. Et après la dignité, vient la troisième étape, celle où on est maintenant, celle du droit : j’ai le droit de me donner la mort ; choisir ma mort fait partie de ma liberté individuelle. Et pourquoi est-ce tout à fait actuel ? Parce que la culture actuelle de consommation ne « vend » que des vies jeunes, en bonne santé. Tout ce qui peut atteindre à cette image, les difficultés, la souffrance sont considérés comme négatif et à rejeter. Et la mort, en particulier, on ne veut plus en parler. La mort est cachée à l’hôpital. Tout obstacle à ma propre volonté devient insurmontable. On n’a plus la notion de la dignité de la personne humaine quand elle affronte des obstacles. Non ! Au contraire, tout va dans le sens de la facilité, de me faire un plaisir hédoniste. C’est très persuasif. Ce qui a été perdu, c’est le caractère sacré de la vie et le fait que l’homme, en luttant, est vraiment homme : il s’accomplit lui-même dans la lutte.

Marguerite A. Peeters - L’absence de la mort de la culture occidentale actuelle est, de fait, frappante.

Mgr J. Suaudeau - L’euthanasie est beaucoup plus admise aujourd’hui en Occident parce que la vision de la mort a changé. Philippe Ariès, dans son livre « L’Histoire de la Mort en Occident, du Moyen-Age à nos jours » explique cette lente évolution. On est parti de la mort intégrée, de la mort prise en charge, du travail de deuil en société tel qu’il se fait encore aujourd’hui en Afrique par exemple. La personne n’est pas seule à confronter la mort de la personne chère : sa famille la revit, les voisins vont prendre place, on va faire un bon repas et affronter ensemble cette mort et faire le travail de deuil. Au Moyen-Age, la mort était fréquente, elle survenait de tous les côtés, on mourait jeune et on savait qu’il fallait se préparer à la mort, qu’elle faisait partie de la vie. Cette familiarité avec la mort faisait qu’elle n’était plus crainte. Aujourd’hui au contraire, avec la prolongation de la vie, le fait est qu’on tend de plus en plus à la cacher... Même avant guerre, des cortèges funèbres parcouraient les rues. Aujourd’hui, la célébration se fait très souvent de façon intime au cimetière et de manière tout à fait cachée. La mort est devenue le non-dit, celle dont on ne peut pas dire le nom, l’innommable. Ce serait pratiquement un mot pornographique. L’antique interdit vient sur ce mot.

Marguerite A. Peeters - Et on est souvent seul au moment de la mort aujourd’hui.

Mgr J. Suaudeau - La famille s’est dégradée, ou réduite au niveau nucléaire ; elle existe plus ou moins ; on parle de familles recomposées. Très souvent, les personnes âgées qui n’ont pas eu d’enfants meurent seules à l’hôpital, dans le dénuement le plus total, et sans assistance spirituelle. C’est la déshumanisation de la mort, et c’est effectivement terrible. Autre élément : la culture du rationnel et de l’efficacité. On veut prévoir, tout dominer, tout manipuler, calculer, être maître de soi, alors que la mort, elle rit de nos calculs : elle est imprévisible, par définition. Et ce désir d’être maître s’accompagne d’une perte du sens de la dignité de la vie humaine. On le voit dans l’avortement, la manipulation des embryons, partout. La culture actuelle dénie que la mort ne nous appartient pas, qu’on ne peut même pas la définir, que la vie nous est donnée et que nous ne la fabriquons pas.

Marguerite A. Peeters - Le phénomène de l’euthanasie est-il en train de s’accélérer et de se répandre ?

Mgr J. Suaudeau - Oui, logiquement il ne peut que se diffuser toujours, tant que nous serons dans la culture néo-libérale, qui n’a pas l’air de vouloir s’interrompre. On perd de plus en plus contact avec le réel. Avant, les gens vivaient le plus souvent à la campagne, en contact avec la terre, les difficultés. Aujourd’hui on vit dans un monde plus ou moins fictif, où le computer a pris la place de la réalité. Les jeunes aujourd’hui, avec en plus les difficultés familiales, ne sont pas formés à la vie ; ils sont très fragiles et ils tentent de fuir dans un monde de rêve. Ces facteurs ne feront que renforcer cette tendance à la fuite : à la fuite devant la réalité qui est la mort, fuite qui se traduit par l’euthanasie.

Marguerite A. Peeters - L’euthanasie n’est légale qu’en Belgique et en Hollande. Que se passe-t-il là où elle n’est pas légale ?

Mgr J. Suaudeau - Elle est pratiquée partout en Occident, par exemple en France dans les hôpitaux, depuis très longtemps. Et c’est vrai, un abîme sépare la pratique et la reconnaissance légale. Le vol est pratiqué, le meurtre est pratiqué, l’euthanasie est pratiquée : ce ne sont pas développements nouveaux. Mais que l’euthanasie pratiquée par certains médecins devienne encadrée par la loi, on saute vraiment une étape ! Il faut bien se rendre compte qu’il existe un mouvement en faveur de l’euthanasie, un mouvement mondial assez bien organisé et qui est toujours sur la vigilance, recherchant le pays où une certaine fragilité permet d’attaquer.

Marguerite A. Peeters - Qui fait partie de ce mouvement ?

Mgr J. Suaudeau - Il porte différents noms selon les pays et comprend des médecins, des juristes connus... Mentionnons les grandes vedettes, tels le docteur Jack Kevorkian (« doctor death » aux USA) ou Philip Nitschke en Australie, fondateur de l’organisation Exit. Dans tous les pays, il existe des organisations et des sites Internet en faveur de l’euthanasie, sur lesquels on peut trouver des noms : les promoteurs de l’euthanasie ne se cachent pas.

Marguerite A. Peeters - Le lobby pour l’euthanasie est-il organisé au niveau mondial, comme les autres lobbies ?

Mgr J. Suaudeau - Les lobbies sont en relation les uns avec les autres. Mais disons que finalement, l’euthanasie est tellement portée par la culture que les lobbies n’ont qu’à accentuer ce qui est déjà présent. Comme l’avortement qui était porté par la culture, la politique des lobbies est toujours de prendre un cas limite difficile (il y en a toujours) pour généraliser. Le cas de Vincent Humbert en France, devenu tétraplégique à la suite d’un accident de la route, qui a écrit au Président, est exemplaire à ce propos.

Marguerite A. Peeters - Parlons de la géographie du phénomène de l’euthanasie : peut-on dire qu’il s’agit d’un phénomène occidental ? Ou est-il présent sur d’autres continents ?

Mgr J. Suaudeau - Sous une forme différente, car dans certains pays non occidentaux il existe une tradition au suicide, comme au Japon. Mais ce qui inquiète le Japon aujourd’hui, c’est l’augmentation du nombre de suicides, en particulier chez les jeunes, qui traduit un aspect beaucoup plus moderne lié à la perte d’espoir. Quand la vie de l’homme est réellement menacée et quand les circonstances de la vie sont dures, les gens ne se suicident pas et ils ne pensent pas à l’euthanasie. Durant la guerre mondiale, le nombre de suicides a fortement diminué… A partir du moment où vous avez une menace sur votre vie, vous avez l’instinct vital, vous sentez ce qu’est la valeur de la vie et vous résistez. L’euthanasie naît dans des situations « douces », où les difficultés sont finalement inexistantes et où les gens ont perdu le sens de l’espérance et misent tout sur le matériel, sur le présent. Elle est liée à une certaine déshumanisation. Le mouvement se donne des allures philosophiques en parlant d’autonomie, mais justement il sort de la tradition philosophique, qui confronte ce qu’est l’homme, l’anthropologie. Le mouvement euthanasique refuse la réalité, la souffrance, la mort. Il fait la mort à la mort.

Marguerite A. Peeters - La postmodernité se définit elle-même comme anti-philosophique.

Mgr J. Suaudeau - Oui, il ne faut pas penser, surtout éviter de penser. Il ne faut pas nommer le nom « mort », bien sûr. Mais la personne humaine qui se trouve dans une situation difficile a besoin d’une aide. La réponse de l’Eglise catholique à l’euthanasie est de dire que la personne en fin de vie doit être aidée humainement.

Marguerite A. Peeters - N’est-ce pas ce que proposent les soins palliatifs ? Mais vous sembliez dire qu’ils ont parfois été pris en otage.

Mgr J. Suaudeau - L’initiative des soins palliatifs est excellente. Mais il faut quand même être conscient d’un danger, qui consiste à dire : on a organisé les soins palliatifs et donc on n’a plus à s’occuper de la personne mourante, car l’état la prend en charge. Non ! L’assistance au malade, au mourant, doit concerner tout le monde. On ne peut déléguer cette tâche à travers les soins palliatifs. Les soins palliatifs ne sont pas une panacée. La mort idéale, c’est en effet la mort chez soi, dans sa famille, avec l’accompagnement spirituel et humain correspondant. On peut souffrir, mais la souffrance est bien moindre quand vous avez vos enfants à côté de vous. Les soins palliatifs concernent justement les cas où il n’y a plus de famille, où les soins utilisés sont tels qu’il faut une hospitalisation. Mais le risque est encore de résoudre une question humaine par un aspect technique. Si dans les soins palliatifs, fait défaut une bonne organisation de l’assistance à la mort psychologiquement, les soins palliatifs deviennent des mouroirs. Le gouvernement français et les autorités en sont très conscientes ; on voit la nécessité de former les infirmières spécialement à l’accompagnement en fin de vie. Il faut dire que le modèle est anglosaxon. Depuis très longtemps, Cecilia Saunders qui nous a ouvert la voie, avec les hospices et le système profitait dans les pays anglosaxons du bénévolat, qui n’existe pas par exemple en France, où les bénévoles ne sont pas admis. Les bénévoles s’occupent des soins de corps, ce qui libère le personnel infirmier formé à cela de faire un véritable accompagnement du mourant : jusqu’à la mort, accompagner la vie.

Marguerite A. Peeters - Et d’un point de vue spirituel, que peut-on dire sur l’importance des derniers instants de vie ?

Mgr J. Suaudeau - La question est très juste. Pie XII a été très novateur. Il a souligné qu’il n’était pas du tout obligatoire de souffrir ses souffrances jusqu’au bout. C’est tout à fait bien pour le chrétien de vouloir faire face à sa souffrance sur l’exemple du Christ en communion avec la souffrance du monde et pour aider les autres, mais ce n’est pas obligatoire de parcourir ce chemin. De même le martyre n’est jamais obligatoire. On ne demande pas l’héroïsme aux gens. D’un autre côté, l’Eglise insiste sur la nécessité d’un certain moment de lucidité : qu’on laisse au mourant au moins une certaine conscience pour que le malade puisse vivre sa mort. Le travail à faire pour vivre sa mort humainement doit être respecté : faire face à sa mort, se préparer, régler ses dernières affaires, faire une réconciliation avec un enfant qui vient de loin, penser, méditer, voir cette mort, voir sa vie, et se préparer à cet au-delà. Il faut donc qu’on puisse ménager au malade des moments de non-douleur, de non-souffrance et de lucidité pour que le malade soit relativement libre et que ces derniers moments, il ne souffre plus. Quand vous souffrez, vous n’êtes pas libres : vous êtes sous la domination de la douleur et ne pouvez plus penser. Or la tendance aujourd’hui est de voler la mort aux personnes âgées en particulier, par la pratique d’analgésie terminale. On dit : la personne souffre, on va lui donner un petit produit pour calmer sa douleur. Mais on ne ménage plus la phase de lucidité et de conscience qui lui est nécessaire.

Marguerite A. Peeters - L’euthanasie est un fruit de la culture mondiale de la « qualité de la vie », qui a tendance à rejeter douleur, souffrance et mort. Mais ce rejet est-il uniquement le résultat d’un processus de sécularisation qui s’oppose au mystère de la rédemption par la croix du Christ, ou pourrait-il être aussi une saine réaction contre le dolorisme d’une culture qui a longtemps été marquée par le jansénisme ? Quelle est la juste attitude face à la souffrance ?

Mgr J. Suaudeau - Le jansénisme est quelque chose qui est bien passé aujourd’hui, mais on en revient toujours. C’est vrai que sous l’influence du protestantisme et du jansénisme, il y avait l’idée qu’il fallait souffrir pour expier ses péchés. C’est une déviation. La souffrance, les épreuves font partie de la vie ; en les endossant au nom du Seigneur, on peut non seulement soi-même un peu se réconcilier au travers de cette souffrance assumée avec le Seigneur mais surtout on peut indirectement au travers de la grâce donner un certain appui spirituel à d’autres personnes : c’est la communion des saints. La personne qui assume sa souffrance non pas pour le plaisir de souffrir mais dans cette vue de suivre les pas du Christ et dans la rédemption participée, fait une démarche tout à fait valable : non pas le désir de la souffrance pour la souffrance – la souffrance est un mal - mais un désir d’assumer cette souffrance pour une valeur plus haute, qui est celle de la rédemption du monde. L’Eglise est très prudente là-dessus. Il peut y avoir des excès, parfois une certaine pathologie psychiatrique assez curieuse, dans la recherche de la souffrance. Mais il existe parfois aussi certaines personnes qui se croient plus fortes qu’elles ne le sont. Elles vont refuser un analgésique et puis elles vont terriblement souffrir. Et du coup, elles peuvent même éventuellement demander l’euthanasie. Donc, ne pas se surestimer. Accepter les antalgiques qu’on vous donne, accepter le traitement. Et de toute façon, l’épreuve de la mort, vous l’aurez. Pas de dolorisme, pas de recherche de la souffrance pour la souffrance, vouloir vivre sa mort tout à fait.

Marguerite A. Peeters - Dans le rapport médecin-patient, la décision d’euthanasie est-elle prise de manière « consensuelle » ?

Mgr J. Suaudeau - Dans la pratique de l’euthanasie, dans les deux pays où l’euthanasie est acceptée, l’euthanasie, ou le suicide assisté plutôt, est pratiqué par le médecin. Là il y a toute une question du rapport médecin-patient. Dans des pays comme le Canada ou l’Espagne, le médecin doit se plier à la volonté du patient : on y reconnaît le caractère contraignant, par exemple, des directives anticipées. En France, on en reconnaît la valeur, mais relative, car on sait très bien que les gens changent d’avis : ce n’est pas ce qu’ils ont écrit un jour qui est valable le lendemain. Dans ces cas-là, le médecin devrait se transformer en exécutant. Pratiquement, le malade demande à mourir, et le médecin devrait aller chercher le barbiturique et le lui donner.

Marguerite A. Peeters - Un contrat pervers donc ?

Mgr J. Suaudeau - La relation entre le médecin et le malade devrait aller au-delà du contrat et être une relation de confiance réciproque, et une relation dans laquelle le médecin aussi pose ses conditions d’emblée, en tant que médecin. Le médecin ne peut pas donner la mort : c’est le serment d’Hippocrate. C’est bien pour cela qu’on veut aujourd’hui changer les choses. Le médecin est fait pour la vie. Il n’est pas obligé de maintenir la vie à tout prix, mais il ne peut pas donner la mort. Par exemple, il y a eu toute une discussion pour utiliser des médecins pour faire des injections létales dans les exécutions aux Etats-Unis. L’association des médecins s’est élevée contre cette pratique : le médecin ne peut pas participer à une exécution telle quelle. Il n’y a pas droit, du fait de sa vocation médicale. Il faut que les choses soient claires. Vis-à-vis de l’état, cela fait partie des objections de conscience. Justement de ce point de vue-là, les médecins ont bien signifié qu’ils ne peuvent pas donner la mort à cause même de leur vocation de médecin. D’ailleurs, la possibilité que les médecins donnent la mort, c’est très grave, car du coup, un doute terrible s’installe chez les gens et qui existe déjà chez certaines personnes âgées : je vais à l’hôpital, mais qu’est-ce qui va se passer à l’hôpital ? Est-ce que je peux vraiment avoir confiance dans les infirmières, dans les médecins ? Est-ce qu’on ne va pas mettre sans ma volonté quelque injection tranquillisante ? La rupture de la relation de confiance est terrible dans le domaine médical.

Marguerite A. Peeters - Pouvez-vous donner une idée de la proportion de la pratique de l’euthanasie en Occident ?

Mgr J. Suaudeau - Les chiffres sont très difficiles à joindre, parce que justement ce n’est pas comptabilisé. Dans les pays où l’euthanasie n’est pas permise, on ne le dit pas. Mais disons que si on regarde les chiffres hollandais, il s’agit de quelques milliers par année. Il semble que les chiffres réels dépassent les chiffres déclarés. Dans un pays comme la France, on pourrait peut-être arriver un chiffre comme 5.000, ou à la limite 10.000. Je ne pense pas que les chiffres dépassent cela. Car malgré tout, la plupart des gens meurent chez eux, dans des conditions normales, dans des évolutions de pathologies où il n’y a pas de raisons d’accélérer. L’euthanasie concerne certains patients et ne peut pas s’appliquer à tous : cela réduit obligatoirement le nombre de cas. L’avortement thérapeutique médical ne dépasse pas 1.500 en France, alors que l’avortement général, concernent 200.000 femmes par an. On aura ce même phénomène pour l’euthanasie. On aura un certain nombre, qui n’est pas négligeable, mais c’est quand même un nombre limité, car malgré tout, la plupart des médecins s’y refusent. En Hollande, on a quand même des difficultés à trouver des médecins qui la pratiquent.

FIN

INTERACTIVE INFORMATION SERVICES (IIS)

REPORT 274 – February 25, 2008

Article consultable à cette adresse :
http://pakejean17.afrikblog.com/

lundi 3 mars 2008

Plan Alzheimer : Création de "Maisons pour l'autonomie et l'intégration des malades Alzheimer"


Tout le monde peut être touché par la maladie d’Alzheimer. Actuellement, un Français sur quatre compte une personne malade dans son entourage. Demain, ce sera un sur trois. Et le nombre de malades jeunes ne cesse de progresser : 8.000 personnes de moins de 60 ans sont concernées en 2008.C’est pourquoi le Président de la République a fait de cette affection une grande cause nationale.

Nicolas Sarkozy, a annoncé vendredi à Nice la création de "Maisons pour l'autonomie et l'intégration des malades Alzheimer" (M.A.I.A.) qui seront la "porte d'entrée unique" des malades et de leurs familles dans le dispositif de prise en charge.

    Ces maisons constitueront une porte d’entrée unique pour les familles, qui pourront y rencontrer des médecins et des assistants sociaux. En parallèle, un numéro de téléphone unique national et un site internet seront mis en place pour les informer et les orienter. Enfin, près de 17.000 places dans les structures de répit seront créées, pour décharger temporairement l’entourage durant la journée ou pour quelques jours.

    Les M.A.I.A. seront des "lieux d'orientation de la prise en charge" où les malades et leurs proches pourront être conseillés par des médecins et des assistants sociaux afin de construire un parcours de prise en charge personnalisé avec l'aide d'un coordonnateur, précise le plan Alzheimer.

    Nicolas Sarkozy a par ailleurs indiqué que l'"une des innovations principales sera la mise en place du métier de coordonnateur" qui "sera le chef d'orchestre de la prise en charge globale de la personne".

    Une formation spécifique de coordonnateur sera mise en place en 2009 (2,5 millions d'euros dans le cadre du plan pour les métiers du médico-social). En termes de formation initiale, ces coordonnateurs peuvent être des infirmières coordonnatrices de service de soins à domicile, des responsables de service d'aide à domicile, des personnels de centre local d'information et de coordination (Clic) ou d'équipe médico-sociale de l'APA, des travailleurs sociaux, des acteurs des réseaux de santé ou des infirmières libérales.

    Ces expérimentations, qui seront régulièrement évaluées, seront soutenues par des équipes "projet" pour le pilotage, l'évaluation et le soutien méthodologique. Un financement de 700.000 euros par an est prévu pour faire fonctionner ces équipes.

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http://www.porte-parole.gouv.fr/article.php3?id_article=200