lundi 21 avril 2008

Fin de vie devant soi

Comment apaiser ceux qui ne guériront pas ? Entre lutte permanente contre la souffrance et écoute des petits désirs qui adoucissent la vie de chacun,
plongée dans l’unité de soins palliatifs de l’hôpital de Besançon.

 

Enquête et interview recueillie par JACKY DURAND reporter à Libération
QUOTIDIEN : mardi 15 avril 2008

 

Docteur Régis Aubry responsable du département des soins palliatifs au CHU de Besançon
Président du comité national de suivi du développement des soins
palliatifs et ancien président
de la SFAP.

 

Aujourd’hui, «monsieur Jean» comme on l’appelle dans le service, se «sent bien», il a passé «une bonne nuit». Coiffé de frais, la raie sur le côté de ses cheveux gris, monsieur Jean arbore un coquet pyjama. Assis dans son lit, il relève le drap pour cacher ses «jambes de danseuse» recouvertes de bas de contention qu’il «n’aime pas». Monsieur Jean occupe l’un des six lits du service de soins palliatifs du Centre hospitalier universitaire (CHU) Jean-Minjoz à Besançon (Doubs). On y accueille des patients âgés de quelques mois à plus de cent ans.

 

«J’ai un cancer des voies biliaires, raconte monsieur Jean. Ça fait trois ans que c’est lourd à porter. Je ne suis pas loin de la dernière ligne droite. Ça fait un drôle d’effet de se retrouver en soins palliatifs. Je suis là depuis trois semaines. C’est pas mal.» Silence. On ne voit plus que ses grands yeux bleus dans son visage émacié. «Je sens que j’arrive au bout du rouleau. Je ne sais pas pour combien de temps encore. Mon objectif ? Arriver à être là encore un jour, un mois, quinze jours, je suis incapable de dire combien.» Monsieur Jean, qui a élevé quatre enfants, attend la venue ce week-end de son fils «de Paris». «Il faut que je continue à me battre pour eux.» Le docteur Elisabeth Batit lui palpe doucement le ventre : «Les remontées acides, il n’y en a plus ?» «Non, répond monsieur Jean. Mon truc, c’est le hoquet au réveil. J’avais des courbatures dans les bras ce matin». Et puis il revient sur sa fin de vie : «Je pense que ça va aller encore quinze jours.» Le médecin lui tient la main : «On avait évoqué le projet de sortie mais l’état est trop fluctuant. On a décidé d’investir cette chambre comme une maison. Il y a du "taf" comme disent les jeunes.» Avec l’équipe, Elisabeth Batit évoque la possibilité d’installer l’ordinateur de monsieur Jean au pied de son lit. Les soignants quittent la chambre. Monsieur Jean fixe le calendrier au mur en face de son lit qui n’indique pas la date du jour. Il parle de sa femme qui a pris un studio dans une résidence hôtelière de Besançon pour être près de lui. Puis il dit : «Je suis un peu en boucle.» Avant de relever la manche de son pyjama pour désigner le patch de morphine. «J’ai l’impression de pas dormir. En fait, je dors comme un loir. Je ne vois pas d’éléphants roses. Dans l’ensemble, ils sont gris. Je peux très bien vous parler, disjoncter totalement et parler aux murs en même temps.»

 

... On est un service pour les situations les plus complexes. On a pas mal de Chantal Sébire», résume Régis Aubry, chef du service et président du Comité national de suivi du développement des soins palliatifs. Au bout d’un couloir, une fenêtre sur le printemps naissant et à droite une porte ouverte sur un visage de profil que l’on dirait de cire. Presque irréel. Pour Régis Aubry,...


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