vendredi 19 février 2010

Lettre de l'élève infirmière à l'approche de sa mort

Célèbre lettre, anonyme, écrite en février 1970.
Son original est paru (en anglais) dans "The American Journal of Nursing Company."
Traduite dans le livre d'Élisabeth KUBLER-ROSS, La Mort dernière étape de la croissance.
Éditions du Rocher. 1985. p. 51 à 53. 

 Nouvelle traduction libre de © Renaud PERRONNET

Je suis élève infirmière et je suis en train de mourir. J’écris cette lettre pour vous toutes qui vous préparez à devenir infirmières/dans l’espoir de vous faire partager ce que je ressens, afin qu’un jour vous soyez peut-être mieux capables d’aider les mourants.

J’ai encore entre un et six mois à vivre, un an peut-être, mais personne n’aime aborder ce sujet. Je me trouve donc en face d’un mur qui est tout ce qui me reste. Personne ne veut voir le malade mourant en tant qu’être humain et par conséquent ne peut communiquer avec moi.

Je suis le symbole de votre peur, de ce que nous savons pourtant que nous devrons tous affronter un jour. Ne nous disait-on pas, dans les cours de psychologie, que si on approche la pathologie du mourant avec sa propre pathologie, cela ne peut que nuire à la relation d’accompagnement ? Et que pour pouvoir être au clair avec l’autre, il faut connaître ses propres sentiments ?

Vous vous glissez dans ma chambre pour me porter mes médicaments ou prendre ma tension, et vous vous éclipsez une fois votre tâche accomplie. Est-ce parce que je suis élève infirmière que j’ai conscience de votre peur et sais qu’elle accroît la mienne ? Pourquoi avez-vous peur ? Après tout, c’est moi qui meurs !

J’ai conscience de votre malaise, que vous ne savez que dire ni que faire. Mais croyez-moi, vous ne pouvez pas vous tromper en montrant de la chaleur humaine. Laissez-vous toucher. C’est de cela que nous avons besoin, nous les mourants, nous pouvons vous poser des questions sur l’après et le pourquoi, mais nous n’attendons pas vraiment de réponse. Ne vous sauvez pas, j’ai simplement besoin de savoir qu’il y aura quelqu’un pour me tenir la main, le moment venu. J’ai peur. La mort est peut-être devenue une routine pour vous, mais à moi, ça n’est encore jamais arrivé. Pour moi, c’est un moment unique.

Vous parlez de ma jeunesse ; mais quand on est en train de mourir, on n’est plus tellement jeune. Il y en a des choses dont j’aimerais parler. Cela ne vous prendrait pas tellement plus de temps car, de toute façon, vous en passez pas mal avec moi.

Si nous pouvions seulement être honnêtes, admettre nos peurs, nous toucher mutuellement* Votre professionnalisme serait-il vraiment menacé si vous alliez jusqu’à pleurer avec moi ? Est-il vraiment exclu que nous communiquions vraiment pour qu’à l’heure où ce sera mon tour de mourir à l’hôpital, j’aie auprès de moi des amies ? 


Voir aussi une autre traduction libre de cette lettre
par T. Tournebise :

http://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/fin_de_vie_temoignage_2.htm

 


A lire aussi : "L'homme devant la mort"
Pensées glanées ça et là ...

sur http://papidoc.chic-cm.fr/523penseesmort.html

 


 

2 commentaires:


  1. afin de comprendre pour mieux accompagner,j ai obtenu un du et diu en soins palliatifs .je suis aide soignante et etre aux cotes de la personne qui meurt me parait tellement essentiel .lui apporter
    les soins de confort ,le respect et pouvoir repondre a ses besoins,ces gestes font partis également de notre rôle et nous rapellent également que nous aussi nous mourrons un jour et surtout pas
    seuls.


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  2. je viens de lire ce texte que je ne connaissais pas cela m'a beaucoup emue ,je suis aide soignante en 2 eme annee DIU soins palliatifs , je fais ce DIU justement pour pouvoir accompagner au mieux
    les personnes en fin de vie,les aider dans la vie jusqu'a la mort .Je voudrais proposer a mon etablissement  d'integrer les benevoles dans cet accompagnement quelles demarches doit faire la
    direction pour que nous puissions faire intervenir des benevoles ?Je pense que nous en avons reellement besoin pour former une chaine autour du patient .Merci de me donner des pistes pour pouvoir
    le suggerer a ma direction



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