mardi 14 juin 2011

Les soins contre l'Alzheimer remis en cause

L'intérêt des médicaments contre la maladie, qui fait débat parmi les médecins, va être réévalué. 

C'est l'une des maladies du siècle qui toucherait déjà au moins 800.000 personnes en France. Mais depuis quelques jours, la maladie d'Alzheimer ne fait plus l'objet de recommandations officielles aux médecins pour son diagnostic et surtout sa prise en charge. La Haute Autorité de santé (HAS), qui élabore les référentiels de bonnes pratiques, a annoncé qu'elle retirait celui sur la maladie d'Alzheimer datant de 2008.

Début mai, cet organisme avait dû abroger ses recommandations concernant le diabète de type 2 suite à une décision du Conseil d'État, sur fond de problèmes concernant la gestion des conflits d'intérêts des experts. Dans le prolongement de cette affaire, la Haute Autorité de santé a choisi de retirer d'elle-même la recommandation sur la maladie d'Alzheimer, mise en cause dans une procédure similaire au niveau du Conseil d'État. Plus globalement, la HAS met en place un train de mesures pour «renforcer la transparence et la gestion des conflits d'intérêts» (voir encadré).

Le débat sur les médicaments anti-Alzheimer n'est pas vraiment nouveau. Actuellement, quatre molécules sont autorisées, trois dites anticholinestérasiques (donépezil, galantamine, rivastigmine) et la mémantine. 30 % à 60 % des malades en prennent, selon les études, mais difficile de savoir précisément combien, et pendant combien de temps. Le principal problème est celui de leur efficacité : les effets sur les symptômes sont limités et aucun de ces produits n'a pu prouver qu'il ralentit la progression de la maladie. La revue Prescrire, qui a souligné à plusieurs reprises leurs effets indésirables parfois graves, voire mortels - notamment cardio-vasculaires et neurologiques -, déconseille clairement leur prescription. Une position excessive selon le Pr Jean-Marc Orgogozo, neurologue au CHU de Bordeaux. «Ces médicaments sont parfois mal supportés, mais leur toxicité est un fantasme», estime-t-il. De son côté, la Commission de la transparence qualifie de «modeste» leur rapport efficacité/effets indésirables qualifié, mais a jusqu'ici maintenu leur remboursement, «compte tenu de la gravité de la maladie d'Alzheimer et du possible rôle structurant du médicament dans la prise en charge globale de la maladie». Pour l'Assurance-maladie, le coût s'élèverait à plus de 200 millions d'euros annuels, selon plusieurs sources ; environ 135 millions d'euros pour 2009 d'après nos calculs.
Conflits d'intérêts 

À l'origine du coup de pied dans la fourmilière, le Formindep, une association de 200 médecins pour une «formation médicale indépendante». Fin 2009, après plusieurs courriers à la HAS, le Formindep déposait un recours en Conseil d'État pour les recommandations concernant le diabète et la maladie d'Alzheimer, élaborées, selon l'association, en dépit de la législation et des règles de gestion des conflits d'intérêts. Dans un document en libre accès sur son site , le Formindep relève ainsi que 3 des 24 experts du groupe de travail sur la maladie d'Alzheimer n'avaient pas «déféré à l'obligation prévue (…) de déclarer leurs liens d'intérêts». «Plus grave encore », souligne l'association, parmi les 22 l'ayant fait, 11 faisaient état dans leurs déclarations de conflits d'intérêts pouvant être qualifiés de «majeurs» du fait de liens «étroits» avec les laboratoires fabriquant des médicaments anti-Alzheimer.

«Nous ne mettons pas en doute la bonne volonté des personnes, mais il faut rester sur des arguments factuels et scientifiques», affirme le Dr Philippe Foucras, président du Formindep, qui appelle à créer une expertise non liée à l'industrie pharmaceutique. «Dans le climat actuel de suspicion, nous avons décidé de retirer la recommandation sur Alzheimer pour lever les doutes. Je n'ai même pas cherché à savoir s'il y avait des conflits d'intérêts», explique de son côté le Pr Jean-Luc Harousseau, nouveau président de la HAS. Une nouvelle mouture sera mise en chantier après l'été, quand les médicaments anti-Alzheimer auront été réévalués par la Commission de la transparence, en
juillet. Si celle-ci prenait la décision de ne plus les rembourser, la donne pourrait bien radicalement changer. 
source: www.lefigaro.fr

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