samedi 2 juillet 2011

Agonie et moment de la mort : D’autres regards sur la vie, en fin.

Texte de E. Poret, anthropologue

Réseau RESPECT, Le Havre, France

Le terme d’agonie est pratiquement devenu tabou dans les civilisations Occidentales où les changements d’un résultat à un autre sont priés de se faire, sans que se déroule le temps du passage. Or, les croyances et les rituels qui demeurent au sein de certaines sociétés marquent symboliquement la durée nécessaire au processus d’évolution, permettant aux corps et aux esprits de le réaliser. Cependant que les morts subites, si elles donnent aux survivants le sentiment que le défunt a eu le privilège de ne pas « se voir partir », laissent l’entourage dans un état de stupeur qu’il peine à surmonter.

Actuellement, l’Homme Occidental ne meurt plus, il disparaît d’une maladie dont la médecine aurait dû le guérir. Lorsque tout espoir est perdu, l’annonce du pronostic produit l’effet d’une sentence de mort qui, dès lors, laissera chacun dans l’attente insupportable de la sanction. Or, comme l’exprime le poète René Char : « Toute vie qui doit poindre achève un blessé » ; Ne pas connaître l’échéance fait partie des mystères de la condition humaine et cette ignorance peut donner à chaque instant de vie, son heure de gloire sur le bonheur.

La vie en fin peut être pleine et sublime en émotions et sentiments et qualifier d’indigne celui dont le corps se dérobe et le rend dépendant et vulnérable, reviendrait à en oublier l’être qui l’habite. Le temps des adieux est un arrachement où l’on refuse l’échéance qui s’approche, inéluctable, tandis que s’éloigne celui que l’on voudrait retenir. L’épreuve tant douloureuse en fait oublier sa présence, encore, précieuse et forte. Souffrir d’assister à la déchéance du corps aimé, vivre avec lui ses angoisses et ses craintes, recouvre, perd le temps du partage si intense. Et les sentiments se cognent et se contredisent : vouloir qu’il disparaisse, vite, ne plus le voir et puis, le garder, l’attirer et refuser.

Lorsque le contexte socioculturel n’est pas porteur des croyances qui apaisent, il devient presque intolérable de se prémunir contre les vents contraires qui font perdre de soi les pauvres assurances. Le terme de diversité, actuellement convoqué à tous les programmes, revêt en fait les manières fort différentes de vivre son humanité au travers des cultures. La confrontation aux réalités peut être éclairée d’un jour plus doux si les questions existentielles sont surmontées collectivement et sans déni, en apportant des réponses face au désarroi. Dans certaines aires culturelles où l’homme est placé au centre des préoccupations, les rites ont pour fonction d’apaiser les mourants et consoler les survivants.

Nous pencher sur cette infinie richesse qu’est la créativité humaine en ce domaine, ouvre des fenêtres sur des mondes moins arides que les sociétés individualistes ou l’homme se trouve démuni devant l’agonie et la mort.

Tiré de : A la rencontre de nos diversités -   17ème Congrès de la SFAP -
Actes du 1er  Congrès international francophone  de soins palliatifs et d’accompagnement 
Du 28 au 30 juin 2011 au Centre Cité de Lyon 

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