samedi 18 février 2012

La psychologue Marie de Hennezel explique pourquoi elle démissionne du Comité de pilotage de l'Observatoire de la fin de vie

La loi Léonetti sur la fin de vie reste mal appliquée, et les Français en souffrent. Commençons par appliquer la loi avant de débattre de l’euthanasie

Le personnel soignant doit respecter les droits des patients en fin de vie

Point de vue | LEMONDE.FR | 15.02.12 |
 

Un film bouleversant vient d’être diffusé sur France 2, à une heure assez tardive. Le reportage d’Anne Georget s’attache à raconter l’histoire d’un homme atteint d’un locked-in syndrome, à la suite d’un accident vasculaire cérébral massif qui l’a laissé presque entièrement paralysé, mais totalement conscient de son état.

Michel n’a plus envie de vivre. Il l’exprime. Il demande l’application de la loi Léonetti, qui reconnaît le droit de refuser un traitement qui prolonge artificiellement la vie et oblige les équipes médicales à respecter ce droit. L’équipe qui prend soin de Michel refuse d’appliquer la loi, arguant du fait qu’un tel «  retrait des soins «  est contraire à leur éthique et à leur culture soignante. La situation va durer trois ans, avec les souffrances qu’on imagine pour le patient et sa famille, jusqu’à ce qu’une unité de soins palliatifs accepte sa décision d’en finir, en appliquant la loi : retrait des traitements et administration d’antalgiques pour l’empêcher de souffrir.


marie-de-hennezel.jpg

Marie De Hennezel, invitée à une projection privée de ce film et au débat qui a suivi ;

" J’ai mesuré le peu de progrès que nous avions faits, depuis sept ans, pour accompagner cette loi qui remet tant en question la culture médicale et soignante. Comme l’ensemble de la salle, je me suis offusquée du refus d’une équipe d’appliquer la loi, et de la qualifier de «  sale boulot « . J’ai été touchée par la sensibilité et l’humanité avec laquelle Véronique Fournier, directrice du Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin, questionne le métier de médecin et essaie, mais en vain, de faire comprendre à ceux qui s’occupent de Michel que la fonction du médecin n’est pas seulement de maintenir en vie, mais de soulager son patient.

Cependant, j’ai été choquée, je le dis, par la manière dont certains, au cours de ce débat, ont insulté une loi qui, il ne faut pas l’oublier, est une des rares lois votée à l’unanimité. Quand Bernard Kouchner affirme sur un ton péremptoire : «  Cette loi permet seulement de mourir de faim ou de soif « , il dit une contre-vérité. Cela laisse entendre que les gens dont on arrête l’hydratation ou l’alimentation par voie parentérale sont laissés à leur sensation douloureuse de faim ou de soif, sans soulagement. Ce serait très cruel. Et ce n’est pas ainsi que cela se passe. Il y a une forme de malhonnêteté à présenter la réalité de cette manière, sachant combien le grand public peut être sensible à cette image de la privation de nourriture. Lorsque je travaillais en soins palliatifs, j’ai vu des centaines de personnes qui n’étaient plus nourries ni hydratées par perfusion s’éteindre doucement et sans souffrance."

Démission

"Au lieu de dénigrer la loi Léonetti, pourquoi ne pas tout faire pour changer la culture des soignants, comme cela est suggéré dans ce reportage ? Pourquoi ne pas mettre tous nos efforts dans une pédagogie de cette loi méconnue du public et des soignants ? Dans mon rapport intitulé «  La France palliative « , j’ai préconisé la tenue régulière et obligatoire de forums dans tous les établissements de santé. On m’a répondu qu’on ne pouvait «  imposer «  aux établissements une telle révolution culturelle : apprendre à mieux respecter les droits des patients en fin de vie.

Voilà où nous en sommes ! Je viens de donner ma démission de membre du comité de pilotage de l’Observatoire national de la fin de vie. Celui-ci a été mis en place, il y a deux ans, pour «  observer «  les conditions dans lesquelles on meurt en France. La loi Léonetti reste mal appliquée, et les Français en souffrent. En désaccord avec la mission de l’Observatoire, qui s’est contentée de pondre un rapport de plus, sans mesurer l’urgence de la situation et de la priorité qu’il y avait à mettre en place des actions concrètes pour une meilleure compréhension et application de la loi, je refuse de continuer à cautionner une telle utilisation dispendieuse de l’argent du contribuable.

A l’heure où les candidats à l’élection présidentielle devront se positionner vis-à-vis du souhait de certains de légiférer sur l’euthanasie, je voudrais dire ceci : commencez par faire appliquer la loi qui existe ! Ensuite engagez une réflexion citoyenne autour des rares situations qui ne peuvent être résolues dans ce cadre.

Nous sommes nombreux à souhaiter que ces souffrances extrêmes puissent être soulagées au risque de transgresser la loi. Mais nous sommes conscients aussi de notre responsabilité à l’égard des plus vulnérables, ceux dont on décidera peut-être un jour que leur vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Le code pénal, qui interdit au médecin de donner délibérément la mort, les protège. Une solution doit pouvoir être trouvée sans toucher à cet interdit de tuer qui structure notre société."

Marie de Hennezel

Psychologue, écrivain

La loi Léonetti de 2005 autorise la suspension d’un traitement si ses résultats escomptés sont inopportuns, inutiles, disproportionnés ou se limitent à permettre la survie artificielle du malade

Article à lire au complet ICI.gif

Source : Le Monde


Le Monde Société du 15.02.12

Questions des internautes du Monde.fr au docteur Régis Aubry concernant la démission de Marie de Hennezel : 
« Marie de Hennezel a démissionné de l'observatoire de la fin de vie, elle juge qu'il n'y a rien dans le rapport que vous rendez. Vous répondez quoi ? » 

Dr Régis Aubry : « La démission de Marie de Hennezel est liée à un désaccord sur les missions de l'Observatoire. L'Observatoire ne doit pas prendre partie dans le débat concernant l'euthanasie. Marie de Hennezel exprime son opposition à l'euthanasie et aurait souhaité que l'Observatoire travaille dans ce sens. »


>>> Lire aussi les points de vue de Jean Léonetti "La fin de vie ne peut se résumer à une ligne de programme" et de Marie de Hennezel "La loi Léonetti sur la fin de vie reste mal appliquée, et les Français en souffrent"

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire