mardi 26 mars 2013

Litérature ; L'homme, la jeune fille et la mort écrit par Cyriele Flore

   

"L'homme, la jeune fille et la mort"

 Cyriele Flore, ancienne bénévole accompagnante auprès des personnes malades en soins palliatifs, milite depuis plusieurs années afin que la mort et la maladie ne soient plus un tabou.

Pourquoi ce livre ? 

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Durant 3 ans, j'ai accompagné des personnes en fin de vie. J'allais une fois par semaine à l'hôpital, je rencontrais les médecins, les infirmiers, les aide-soignants.
Et puis, les portes. Derrière chacune d'entre elles, une personne, une famille, une histoire, une souffrance, de l'espoir.
A Toulouse d'abord, puis à Sydney en Australie, j'ai accompagné des personnes se trouvant seules face à leur maladie et face à la mort.
C'est intéressant de découvrir des cultures et des modes de pensées différents sur le vécu d'une maladie et l'approche de la mort. Ce roman est avant tout une fiction, c'est aussi une histoire basée sur des expériences réelles, construite au fur et à mesure de mes rencontres.
Mon but est de lever le tabou de la mort et de la maladie, vous me direz si je réussis...
Cyrièle Flore 

Résumé du livre

C'est une histoire peu ordinaire, celle de la rencontre entre Victor, la soixantaine, et Eliza, jeune bénévole à l'hôpital.
Victor a un cancer et ne veut pas y croire. ll rentre à l'hôpital pour y suivre un traitement. Seul face à sa maladie et à ses questions, il se rapproche d'Eliza. De larmes en joies, de questions en réponses, d'espoir en désespoir, Victor fait face pour la première fois à la maladie et à la mort.
Où sont ses proches, sa famille et ses amis ? Comment peut-il faire face à ses souvenirs et à la vie qu'il a menée jusqu'alors ? Qui est Lola, qui semble hanter Victor jusqu'au fond de ses entrailles ? Que fait Eliza à son chevet ? Comment accepter d'être si nu face à l'autre ? Y'a-t'il quelque chose que Victor doit comprendre ?
Tiré d'expériences véritables, ce roman se veut une ouverture sur le monde de l'hôpital, de la maladie et de la mort. Si l'on est si seul face à la mort, c'est peut-être parce que nous avons tous peur.
"Un roman qui se lit comme une histoire vraie. Vous serez secoué par cette histoire si proche de notre fin à tous."
Extraits du livre ici : http://www.cyrieleflore.com/extraits
Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.cyrieleflore.com
Je vous renvoie à l'exellente critique de Mélusine : http://la-book-melusine.over-blog.com/article-l-homme-la-jeune-fille-et-la-mort-de-cyriele-flore-116205369.html

A lire aussi la critique du livre sur : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/35063
 

 
 

Tribune d'une anthropologue "La mort sociale" par Eugénie Poret

Après un périple qui l’a conduit jusqu’au-delà de nos frontières, le Professeur Sicard a rendu son rapport sur les représentations et les attentes autour des conditions de la fin de vie. 

Ceux d’entre nous qui ont participé à l’une des rencontres qui ont nourri la réflexion ont pu percevoir à quelEuge-nie-Poret.jpg point, au-delà des partisans purs et durs pour des raisons qui les dépassent parfois eux-mêmes, les personnes se sont exprimées avec tact et délicatesse. Les réflexions étaient nourries, les sentiments sincères, les attentes légitimes.

Revendiquer le droit de bénéficier de soins palliatifs dignes de ce nom, et avoir les moyens de prendre soin, pouvoir refuser de subir jusqu’au bout les effets terribles d’une maladie dégénérative, tels étaient les points abordés par ceux qui travaillent, ceux qui subissent, ceux qui portent en eux les ravages des agonies dévastatrices, ceux qui ont peur. 

« Mourir dans la dignité » : qui voudrait mourir dans l’indignité et de quelle dignité parle-t-on ? 

Dans nos cultures Occidentales, les réponses aux besoins doivent être immédiates ; la consommation remplit les vides existentiels, les corps confondus des hommes et des femmes doivent répondre aux critères des modes qui les habillent d’uniformité. La « science » ne saurait faillir à sa toute puissance, répondant à chaque volonté de refaire la vie, les corps, les réparations, les guérisons. 

Comme on survole les lieux pour passer de l’un à l’autre sans faire le voyage, on doit passer de vie à trépas sans traverser l’agonie qui est du temps perdu, inutile puisque l’échéance est là, désagréable pour chacun et « couteuse ». 

Alors, supprimons aussi ce passage, comme on a évincé tous les rituels qui permettaient aux sociétés de vivre collectivement les moments heureux et malheureux d’une existence humaine. Soyons pragmatiques, rationnels, utilitaristes, simplistes, sans âme et consommons sans vergogne les petites pilules du bonheur, puisqu’elles sont remboursées et camouflent les vides.

Alors qu’est-ce qu’une vie, si elle n’est pas faite pour s’éprouver ?

Que faire avec cette conscience d’être qui nous permet de ressentir, d’infléchir le cours du destin, de donner sens à tout ce qui survient ?

Partir, c’est mourir un peu, mais ce n’est pas disparaître tout-à-fait ; ce n’est pas laisser un vide rempli aussitôt des choses de l’oubli.

Le lien qui unit les êtres, quoi qu’on en dise, ne saurait s’effacer selon le bon vouloir des idéologies, d’où qu’elles viennent.

Nous ne naissons pas humain, nous le devenons au contact des autres, il nous faut puiser en eux ce langage qui nous fait reproduire et repérer la vie.

Souffrir et voir souffrir est d’autant plus douloureux que nous le vivons dans la solitude et sans l’appui des rites qui, transmis au fil du temps, portaient collectivement les moments dramatiques.

La mise à distance de la mort est une absurdité qui nous remonte comme un repas mal digéré.

On veut gommer la fin de vie comme on a gommé l’enfance qui laissait aux petits le loisir de s’inspirer par eux-mêmes de la vie foisonnante des petits riens. 

On veut tout savoir sans comprendre, passer sans rien voir, absorber sans gouter ; laisser le monde lisse des apparences nous tromper.

Nous qui travaillons auprès de ceux qui souffrent, savons que partager les épreuves rend riche et profond et nous nous efforçons de tendre la main pour faire la traversée dans les moments où les forces se dérobent. 

Nous leur proposons d’être là, au plus juste de la relation, au plus humain de la rencontre.

Nous refusons que s’impose le pouvoir du médical, mais nous refusons aussi que s’installe en nos cœurs l’idée que pourraient surgir des êtres invulnérables, infaillibles et sans esprit, déjà morts avant que d’être nés.

Nous refusons que soit déshumanisée la fin de vie, comme la vie elle-même. 

Eugénie PORET

Anthropologue – administrateur de la SFAP