mardi 20 février 2018

Action en milieu carcéral : « Restituer au détenu l’espérance dans l’humanité »

Professeur Didier Sicard
En décembre dernier, une conférence du Professeur Didier Sicard à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes était organisée conjointement par l’hôpital et les petits frères des Pauvres pour les personnels pénitentiaire et hospitalier. Une cinquantaine de professionnels sont venus écoutés le président d’honneur du Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE) sur « la maladie de l‘enfermement ; questions éthiques sur la médecine carcérale ». 

Il a d’abord énuméré un certain nombre de constats : la privation de liberté n’était pas une privation de dignité. La détention provoque une agression du corps et de l’esprit du détenu avec des conséquences  néfastes sur son intégrité.

Il reste avant tout un être ayant des droits fondamentaux, qu’il a tendance à perdre le sens de sa vie et d’un avenir ou d’une rédemption possible. La question pour ne pas dire l’obsession de l’institution devrait être : comment reconstruire un être en perdition, déstructuré ? ».

Le choc de l’incarcération fait perdre soudain tous les repères habituels. Le détenu éprouve un sentiment de dépossession de lui-même, de dépendance permanente envers la prison et le monde extérieur. L’humiliation est liée à l’enfermement.  Les détenus sont confrontés aussi à un triple enfermement : dans les murs, l’enfermement cathodique et les murs du médicament. Le respect du détenu passe par le maintien du lien familial. Le danger récurrent est d’infantiliser le détenu et donc de le déresponsabiliser … C’est un monde qu’on le veuille ou non pathogène. Alors même que l’agression de l’incarcération crée expérimentalement la situation de l’hypocondrie, le détenu se disloque car il perd toute référence. Au fond, les références en soi, elles sont fragiles. Les références dans l’autre, elles sont solides.
Comment soigner dans ces conditions d'un enfermement qui est source d'une souffrance exogène? Avec des soignants inhibés dans leur liberté de choix qui éprouvent eux aussi l'incarcération ? 
Comment soigner un être dont l'environnement contribue tellement à éprouver une maladie psychique ? 
Comment le bruit incessant des clés qui se substitue au son « toc-toc » de la porte frappée ne finit pas par déclencher une angoisse insurmontable ? 
Comment aborder les grèves de la faim, sinon en prévenant à temps des conséquences graves et définitives ? 
Comment envisager la demande de grâces médicales, indépendamment de la dangerosité pour des troubles cognitifs ou somatiques majeurs ?

En un mot, comment non pas réintroduire de l'humain, car l'hôpital lui-même se déshumanise, mais faire de l'hôpital prison un des derniers lieux d'humanité ? Comment dans un lieu qui dégrade tellement, restituer au détenu l'espérance dans l'humanité ? Autant de questions auxquelles - dans un contexte de surpopulation carcérale généralisé - il devient urgent de répondre.

Philippe LE PELLEY FONTENY
Bénévole référent de l'action en milieu carcéral 
(L’administration pénitentiaire permet aux bénévoles des petits frères des Pauvres d’aller visiter les détenus âgés, pauvres et isolés voire vieillissants.)
Les petits frères des Pauvres
33 et 64 avenue Parmentier
75011 PARIS
Tél : + 33 (0)1 49 23 13 00 - See more at: https://www.petitsfreresdespauvres.fr/#sthash.sqJzHfvR.dpuf

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